© Silène Audibert
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Démarche

Silène Audibert pratique le dessin en prêtant attention à ce qui surgit au fil de ses tracés de lignes. Guidée par ses sensations, par ce que lui dicte son corps et parfois par une image perçue lors de promenades dans des milieux naturels, elle se laisse surprendre par les formes qui naissent et expriment un développement possible.
Ses dessins naissent de lectures, de textes, de contes. Ils la guident vers une mise en scène des corps, tendant parfois vers le grotesque et une référence à l’imagerie moyenâgeuse. Ses découvertes liées au folklore l’inspirent pour parler de la nature humaine, de ses différents états en relation avec le monde qui l’entoure.
L’expérience de la gravure l’a incité à développer un travail sur la répétition et la variation de formes. L’artiste fait croître un motif qui construit une autre forme, comme une écriture automatique et compose ainsi un monde intérieur. Elle se donne des règles de jeu pour faire surgir des éléments et leurs variations. Ce processus de travail par strate, étagement, l’amène à des combinaisons de figures et de motifs. Ses séries suggèrent le flux qui émane des corps en transformation. Sa recherche consiste en une exploration du corps, de ses états, de notre manière de le parer et de se protéger.
Elle commença en noir et blanc avec une diversité de tracés et de textures pour fait naître des structures organiques. Les éléments naturels, arbres, montagnes, troncs composent un vocabulaire de figures qu’elle entrelace et combine avec des fragments du corps humain. Celui-ci se révèle parfois en cours de métamorphose et en quête d’équilibre, fragile ou portant un élément vivant. La figure du porteur présente dans le Roi des Aulnes de Michel Tournier l’a inspiré pour donner naissance à ses dessins où se mêlent figure, mémoire et éléments du vivant.
La série de dessins Les danseurs marque une étape vers la couleur. Silène Audibert découvre de nouvelles potentialités pour faire surgir des teintes en superposant, en jouant avec la transparence et les variations de matières. Les personnages, arlequins en costume de feuillages, munis de lances entament une danse de l’automne. Parés d’une enveloppe, ils incarnent un désir de se débattre, de lutter ou bien de se protéger.
Puis avec les dessins de la série Demeure se découvre une forme de coquille, de structure délicate pouvant abriter un corps. Tout en finesse, les tracés de couleurs construisent cet habitat ou organisme nous incitant à penser sa transformation dans le temps. Au fur et à mesure de ces lignes se dessine cette figure en croissance, cabane pour se recueillir.
Silène Audibert voit au travers des éléments du paysage, bois, montagnes, des fragments du corps humain. Elle combine ces motifs nous donnant ainsi à voir un être en mouvement. Les troncs d’arbres et les branches deviennent des corps où se dévoilent un intérieur, où les éléments incarnent une certaine sensualité mêlée d’effroi. C’est toute la chair et la peau comme surface de sensations qui s’exprime dans ses tracés d’une extrême délicatesse comme si l’artiste voulait nous faire ressentir un contact avec les éléments rencontrés.
Sa ligne se retrouve également dans une expérience de volumes avec Continuum, une sculpture composée de fils, chacun recouverts de cire colorée. Prétexte à une performance dansée de Valentine Verhaeghe, Alo o alo aieganz / indeterminy and body, ces éléments sont devenus une structure à la fois souple et dure avec laquelle jouer, se lover et se débattre.
Ses dessins incarnent également un corps qui se nourrit de la relation à l’autre et dont la chair suggère l’empreinte d’éléments naturels. Le corps se fait de plus en plus présent, sexué, en état à la fois de donner vie, de se libérer ou de se protéger. Celui-ci symbolise la partie sauvage du corps féminin dans sa dimension psychologique et spirituelle. Rencontrant un arbre écorché et charrié par un fleuve, elle entame le récit d’une femme remontant un cours d’eau pour porter ce corps jusqu’à le redresser dans une lutte face au courant et au poids de ce tronc. Ce moment est le point de départ d’une série de gravures réalisées à l’occasion de sa résidence à l’INSA de Lyon.
Au fil de ses dessins se dévoilent à la fois jouissance et violence, enlacement et combat. Silène Audibert compose ainsi un univers où le corps se déplace, s’élève et emporte avec lui son vécu.
Pauline Lisowski