© Silène Audibert
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Curiosités d'être(s)
Exposition présentée à l'Orangerie du parc de la tête d'Or
Octobre 2021

Raconter et transmettre le monde
Les mots se dégustent ; ne dévore-t-on pas un livre ? Au coin d’un feu ou sous un arbre, le conte devient une métaphore du monde aux oreilles de l’enfant attentif. Par les récits ancestraux, il découvre l’univers, apprend son lien à la Terre. Dans la bouche de celui qui raconte, les êtres hybrides prennent vie, forgés par la parole créatrice. Le récit donne ainsi naissance dans le partage, tout comme les êtres mettent au monde de nouvelles générations.
Ce don de la vie passe par la figure maternelle ; la femme transmet son expérience du monde à cet enfant qu’elle porte en elle, puis qu’elle accueille dans ses bras. Les flots de son amour sont tel un fleuve tumultueux : elle nous transporte sur son dos, inonde et fertilise nos consciences. Les récits ancestraux lui reconnaissent cette nature féconde, incarnée par la figure de la Terre-mère.
Mais la Mère annonce également la mort, inéluctable présent fait à l’être au moment de sa naissance : les contraires s’inscrivent dans chaque individu, comme dans les œuvres de Silène Audibert, tourment d’espoir jailli de la force du trait. Sa vivacité renvoie à la force vitale, telle une furie sous-jacente de la présence au monde. Sous ses outils, des êtres se matérialisent à la confluence du végétal et de l’animal, du feu et de l’eau. Si une colère sourde porte chaque geste esquissé par l’artiste, sans doute est-ce pour nous porter vers une exploration profonde de notre être en devenir. Chacun d’entre nous apprend de ses propres expériences, mais également du récit des observations d’autrui. C’est ainsi qu’il faut lire les dessins et gravures de Silène Audibert : le partage d’une sensation de l'Être, des difficultés d’exister au monde, de s’inscrire au milieu des contraires de la vie.
La fureur des éléments s’esquisse dans une impatience de vivre, schéma conduisant à l’inéluctable. Territoire inconnu, la Mort est l’objet de toutes les craintes, matérialisées dans l’espace sombre et mystérieux de la forêt. Quintessence d’arbres et d’esprits, elle recèle une énergie supérieure, rassemblant toutes les entités qui la composent. Berceau de spiritualité, elle n’existe que dans l’équilibre des matières et des êtres, un équilibre instable et en perpétuel renouveau que cherche également l’artiste dans les enchevêtrements de lignes qui constituent ses œuvres. À la frontière du dessin et de la gravure, « O-rage » nous plonge dans les méandres sensitifs d’un univers au chaos maîtrisé. Le bois et l’eau s’y rencontrent, s’y emmêlent. Ils sont supports de récits mythiques, où se jouent les scénarios auxquels l'Homme n’a su apporter de réponse.
Entre récit et croyance, le savoir se fait empirique, porté par la douce inquiétude de ce monde à part entière. Tout l’art de Silène Audibert balance entre l’expression pure d’une émotion première et la constitution d’un scénario… Tel un conteur, elle inquiète puis rassure, tout en gardant une part de mystère, de Mystique. Cette part qui donne envie de raconter des histoires. De les écouter, et de les croire.
Texte de Blandine Boucheix

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